Les grandes villes françaises se vident pendant les week-ends et les vacances, tandis que certaines zones rurales et côtières voient leur population augmenter brutalement.
Grâce aux données produites par les téléphones portables, des chercheurs ont réussi à observer les déplacements de millions de personnes à travers la France.
Cette étude ne montre pas seulement où les Français passent leurs vacances. Elle permet aussi de comprendre comment la population se redistribue temporairement sur le territoire, et quelles régions pourraient devenir beaucoup plus fréquentées en cas de crise ou d’évacuation massive.
Les déplacements des Français observés grâce aux téléphones
Chaque fois qu’un téléphone passe un appel ou envoie un message, il communique avec une antenne du réseau mobile. Ces informations techniques peuvent permettre d’estimer la présence d’une population dans une zone donnée.
Des chercheurs ont ainsi étudié plus d’un milliard d’enregistrements téléphoniques anonymisés provenant de France et du Portugal. Leur objectif était de réaliser des cartes dynamiques de la population, plus précises qu’un simple recensement indiquant uniquement le lieu de résidence habituel.
Les données utilisées ne permettaient pas d’identifier les personnes. Elles servaient à observer les variations générales de population entre les communes et selon les périodes de l’année.
Une France très différente pendant les vacances
La carte obtenue montre clairement les mouvements entre les grandes villes, les campagnes et les régions touristiques.
Pendant les périodes de travail, les principales agglomérations concentrent une grande partie de la population. Les habitants y résident, y travaillent et y utilisent quotidiennement leur téléphone.
Lors des week-ends et des vacances, la tendance s’inverse :
- Paris et plusieurs grandes villes perdent une partie de leur population ;
- Les Littoraux atlantique et méditerranéen se remplissent ;
- Les Régions montagneuses attirent de nombreux visiteurs ;
- Les Zones rurales accueillant des résidences secondaires voient leur population augmenter ;
- Les Stations touristiques peuvent accueillir beaucoup plus de personnes que leur population habituelle.
Dans certains secteurs côtiers, l’augmentation temporaire de la population peut atteindre plusieurs dizaines de pour cent.
Un territoire calme ne l’est pas forcément toute l’année
Pour un survivaliste, cette observation est particulièrement intéressante.
Une commune comptant peu d’habitants permanents peut sembler constituer un refuge idéal. Pourtant, elle peut être envahie chaque été par des milliers de touristes, de propriétaires de résidences secondaires et de voyageurs.
Le nombre d’habitants indiqué par les statistiques officielles ne représente donc pas toujours la population réellement présente.
Une station balnéaire de quelques milliers d’habitants peut accueillir plusieurs fois sa population habituelle en pleine saison. Les routes, les commerces, les réserves d’eau et les services de secours sont alors sollicités par une population beaucoup plus importante.
Que se passerait-il en cas de crise majeure ?
Les déplacements observés pendant les vacances donnent une idée de ce qui pourrait se produire lors d’une évacuation spontanée des grandes villes.
En cas de panne générale, d’accident industriel, d’épidémie ou de troubles importants, une partie des habitants chercherait probablement à rejoindre :
- Une Maison de famille ;
- Une Résidence secondaire ;
- Des Parents vivant à la campagne ;
- Une Région touristique qu’ils connaissent bien ;
- Un Terrain ou une propriété considérée comme plus sûre ;
- Le Littoral ou la montagne.
Les itinéraires empruntés ressembleraient donc en partie aux grands départs en vacances, mais dans des conditions beaucoup plus difficiles.
Les autoroutes, les routes nationales et les axes secondaires pourraient rapidement être saturés. Les stations-service seraient prises d’assaut et les petites communes devraient absorber une population qu’elles ne sont pas préparées à accueillir durablement.
Les résidences secondaires comme destinations de repli
Les cartes de mobilité montrent aussi l’importance des résidences secondaires dans les déplacements des Français.
Lors d’une crise, de nombreuses personnes ne chercheraient pas un refuge inconnu. Elles rejoindraient un lieu déjà familier, contenant parfois des vêtements, quelques provisions et du matériel.
Cette réaction est logique, mais elle signifie que les régions possédant beaucoup de résidences secondaires pourraient connaître une arrivée massive de population.
Un village apparemment isolé peut ainsi devenir très fréquenté dès que les habitants des grandes villes décident de rejoindre leur maison de campagne.
Les limites de cette carte
Cette étude ne suit pas directement chaque déplacement individuel. Elle estime la présence de la population à partir de l’activité des téléphones connectés aux antennes.
Elle présente donc certaines limites :
- Une Personne n’utilisant pas son téléphone peut être moins visible dans les données ;
- Les Abonnés de l’opérateur étudié ne représentent pas exactement toute la population ;
- Les Antennes couvrent des zones de tailles différentes ;
- Les Données montrent une présence générale, pas la raison du déplacement ;
- Les Résultats correspondent à une période donnée et peuvent évoluer avec les habitudes de voyage.
Malgré ces limites, les données téléphoniques permettent d’obtenir une vision très précise des mouvements collectifs à grande échelle.
Une question de vie privée
L’utilisation des données mobiles soulève naturellement des interrogations.
Dans cette étude, les informations étaient anonymisées et utilisées pour produire des estimations globales. Les chercheurs ne cherchaient pas à connaître l’identité ou les vacances d’une personne en particulier.
Ce type d’analyse montre néanmoins tout ce qu’il est possible de déduire à partir du fonctionnement quotidien d’un téléphone portable.
Même sans utiliser directement le GPS, les connexions aux antennes permettent de reconstituer les variations générales de population et certains déplacements.
Comment choisir réellement une zone de repli ?
Le simple fait qu’une région soit rurale ne suffit donc pas à en faire un bon refuge.
Avant de choisir une destination de repli, il faut notamment étudier :
- La Population permanente ;
- La Fréquentation touristique ;
- Le Nombre de résidences secondaires ;
- Les Routes utilisées pendant les grands départs ;
- Les Ressources en eau ;
- La Capacité des commerces locaux ;
- La Présence de grandes villes à proximité ;
- Les Possibilités d’accès par plusieurs itinéraires ;
- La Capacité du lieu à produire de la nourriture.
Il faut également observer la région à différentes saisons. Un endroit désert en hiver peut devenir extrêmement fréquenté en juillet et en août.
Notre avis
Cette carte rappelle que la population n’est jamais totalement immobile. Les recensements montrent où les gens résident officiellement, mais pas nécessairement où ils se trouvent pendant un week-end, les vacances ou une crise.
Pour préparer une évacuation, il faut donc éviter de choisir une destination uniquement parce qu’elle paraît isolée sur une carte.
Les meilleures zones de repli sont celles que l’on connaît réellement, que l’on peut rejoindre par plusieurs routes et dont on a observé la fréquentation tout au long de l’année.
À retenir : Une région rurale ou touristique peut se remplir très rapidement lorsque les habitants des villes se déplacent. En cas de crise, les mouvements pourraient suivre les mêmes directions que les départs en vacances, mais avec davantage de précipitation et de désorganisation.
Étude sur la cartographie dynamique de la population
Les chercheurs ont utilisé plus d’un milliard d’enregistrements téléphoniques anonymisés pour observer les variations de population en France et au Portugal.