Évacuer à pied permet de contourner un embouteillage, une route coupée ou un véhicule immobilisé. Cela ne signifie pas que la marche soit toujours la solution la plus sûre. Lors d’une inondation, d’un incendie ou d’un accident industriel, sortir peut au contraire exposer directement au danger. La première règle reste donc de connaître la menace et de suivre les consignes d’évacuation ou de mise à l’abri.
La marche doit surtout être considérée comme une solution de repli. Même lorsque l’évacuation commence en voiture, chaque groupe devrait être capable de récupérer quelques sacs et de poursuivre sans le véhicule.
Partir à pied, mais pour aller où ?
Évacuer ne consiste pas à marcher au hasard jusqu’à rencontrer une cabane providentielle. Une destination, un itinéraire principal et plusieurs solutions de rechange doivent être prévus avant le départ.
- Définir une destination accessible aux membres les moins mobiles du groupe
- Repérer les routes, chemins, dénivelés et passages difficiles
- Identifier les points d’eau sans compter aveuglément sur leur disponibilité
- Conserver une carte sur papier et une cartographie hors ligne
- Prévoir des lieux de pause et un point de regroupement
- Adapter le départ à la météo et à la nature du danger
Une distance facile lors d’une promenade du dimanche peut devenir très différente avec un sac, un enfant fatigué, de la pluie et une nuit passée dehors.
Combien peut-on réellement porter ?
La Fédération française de la randonnée pédestre recommande de ne pas dépasser environ 20 % du poids du porteur pour une randonnée itinérante. Une personne de 80 kg devrait donc rester autour de 16 kg. Cette valeur constitue déjà une limite haute et non un objectif à atteindre.
Dans une situation d’évacuation, un sac plus léger permet de conserver de la vitesse, de l’équilibre et de la vigilance. Les paquetages militaires de 25 ou 30 kg peuvent être portés par des personnes entraînées, mais ils ne constituent pas une référence raisonnable pour une famille peu habituée à marcher.
Le meilleur moyen de connaître sa limite reste de parcourir plusieurs heures avec le sac réellement chargé. Le premier essai ne devrait pas avoir lieu au moment où la route brûle derrière vous.
Le contenu du sac d’évacuation
Chaque personne autonome doit disposer de son propre sac. Les équipements vitaux ne doivent pas tous être confiés au porteur le plus solide, car une chute, une séparation ou une blessure pourrait priver tout le groupe du même matériel.
- Les documents essentiels protégés dans une pochette étanche
- Les médicaments personnels et une trousse de premiers secours
- Une réserve d’eau et un moyen adapté de traitement
- Des aliments énergétiques ne nécessitant pas de cuisson
- Une protection contre le froid, la pluie et le soleil
- Une lampe frontale avec des piles de rechange
- Un téléphone, un câble et une batterie externe
- Une radio compacte lorsque la situation le justifie
- Une carte, une boussole et les coordonnées de la destination
- Quelques produits d’hygiène et du papier toilette
- Un outil multifonction et de quoi effectuer une petite réparation
Le kit officiel de 72 heures recommande notamment six litres d’eau par personne. À pied, cette réserve représente déjà six kilogrammes. L’eau doit donc être répartie entre les porteurs tout en prévoyant des possibilités réalistes de ravitaillement. Une source dessinée sur une carte n’est pas une promesse de potabilité.
Répartir la charge dans le groupe
Les adultes les plus solides peuvent porter une part du matériel collectif, mais chacun doit conserver un minimum d’autonomie. Une personne ne devrait pas se retrouver sans eau, sans vêtement chaud et sans éclairage parce que le sac principal se trouve cinquante mètres derrière elle.
Les enfants peuvent porter un petit sac adapté à leur taille avec quelques affaires légères. Les médicaments, l’eau principale et le matériel collectif restent sous la responsabilité des adultes. Pour les personnes âgées, blessées ou peu entraînées, la distance et la vitesse doivent être calculées selon leurs capacités, pas selon celles du marcheur le plus enthousiaste.
La charrette d’évacuation
Une petite charrette à grandes roues peut transporter davantage de matériel et soulager le dos. Elle peut également accueillir ponctuellement un jeune enfant fatigué. Elle reste intéressante sur une route, une piste ou un chemin relativement régulier.
Elle devient toutefois encombrante dans les escaliers, la boue, les fortes pentes, les sous-bois ou les passages étroits. Une charrette chargée comme une remorque agricole peut immobiliser tout le groupe au premier arbre couché.
Un modèle destiné à l’évacuation devrait être :
- Assez étroit pour franchir une porte ou un passage resserré
- Équipé de roues suffisamment grandes pour les chemins
- Stable avec un centre de gravité bas
- Facile à tirer par une seule personne
- Rapidement déchargeable et abandonnable
Le matériel indispensable doit rester dans les sacs ou dans de petites pochettes individuelles. La charrette transporte en priorité les réserves supplémentaires, les couchages et les affaires des enfants. Si elle doit être abandonnée, le groupe doit pouvoir continuer immédiatement.
Les pieds décident de la distance
Les chaussures doivent être déjà portées et adaptées au terrain. Une paire neuve sortie de sa boîte le jour du départ peut transformer une évacuation en concours d’ampoules avant la fin du premier après-midi.
- Prévoir plusieurs paires de chaussettes adaptées
- Garder les pieds aussi secs que possible
- Traiter immédiatement les zones de frottement
- Emporter quelques pansements pour ampoules
- Faire des pauses avant l’épuisement
Se déplacer sans s’épuiser
La marche de jour facilite l’orientation, l’observation du terrain et la détection des obstacles. Un déplacement nocturne peut parfois réduire l’exposition à la chaleur, mais il augmente les risques de chute, d’erreur d’itinéraire et de séparation. Ce choix dépend du terrain, de la météo et du danger rencontré.
Le groupe doit avancer à la vitesse de son membre le plus lent, rester compact et éviter les raccourcis improvisés. Les cours d’eau en crue, les ponts endommagés et les zones interdites ne doivent pas être franchis pour gagner quelques kilomètres.
Tester avant d’en avoir besoin
Une évacuation à pied doit être répétée avec les véritables sacs, les chaussures prévues et, le cas échéant, la charrette. Cet essai permet de découvrir les sangles mal réglées, les objets inutiles, les problèmes de chaussures et les distances trop ambitieuses.
Le but n’est pas d’emporter toute la maison sur son dos. Il faut rejoindre une zone plus sûre avec le groupe encore capable de réfléchir, de s’orienter et de s’adapter. En évacuation à pied, quelques kilogrammes abandonnés avant le départ valent souvent plusieurs kilomètres gagnés ensuite.